


En 1981, la BBC dépêche une équipe de tournage en Haïti. Un homme, nommé Clairvius Narcisse, prétend avoir été transformé en zombie après sa mort et réduit à l’état d’esclave. Après enquête, l’histoire se révèle être vraie. Du moins, en partie. Il était bien l’homme qu’il prétendait être et avait réellement été diagnostiqué mort, puis enterré.
Sa transformation en zombie était moins évidente par contre. L’homme n’était visiblement pas un mort-vivant. Selon plusieurs témoignages, c’étaient une poudre et un rituel vaudou qui transformaient les gens en zombies. Mais on n’en savait pas davantage.
C’est Wade Davis, un ethnobotaniste canadien, qui découvrit la recette de la poudre à zombie. Il se rendit en Haïti en 1982 dans ce but précis, financé par le Dr. Nathan Kline. Psychiatre de formation, celui-ci était un pionnier dans le champ de la psychopharmacologie.
Le cas Narcisse
Le cas Narcisse n’était pas unique en Haïti. Ce qui était différent, c’est qu’il avait été diagnostiqué mort par un médecin américain. Ce n’était ni le curé de la paroisse, ni l’officier de police du coin qui avait constaté le décès, mais bien un médecin compétent.
En 1962, Clairvius se présenta à l’urgence de l’hôpital Albert Schweitzer de Deschapelle. Il avait une forte fièvre, souffrait de malaise général et avait commencé à cracher du sang. Son état se détériorait à toute vitesse. À 13h15, il fut déclaré mort. Trois jours plus tard, il était enterré au cimetière nord de l’Estère, son village natal.
Dix huit ans plus tard, un homme se présenta à la famille Narcisse comme étant Clairvius. Il affirme qu’après son enterrement, un hougan (sorcier vaudou) est venu le réveiller et le transformer en zombie. Il fut amené dans une plantation où il travailla comme esclave pendant deux ans. Un des esclaves réussit à se réveiller et à tuer le sorcier. Les zombies prirent la fuite et Narcisse erra pendant 16 ans à travers le pays. Il attendait la mort de son frère avant de retourner dans sa famille. C’était ce dernier disait-il qui l’avait vendu comme zombie au sorcier.
La recette de la poudre à Zombie
Pour les commanditaires, la poudre à zombie représentait de nouvelles possibilités dans le domaine de l’anesthésie. Si on se fiait aux témoignages, les victimes du poison ne sentaient plus rien. C’était un parfait anesthésiant. Tous les muscles étaient paralysés et le coeur ralentissait à un point extrême. Juste assez pour garder la victime en vie quelques jours. De plus, elles restaient parfaitement conscientes.
Après de longues recherches et beaucoup d’efforts, Davis se fit enseigner la recette par un hougan. Plusieurs des ingrédients utilisés étaient hautement poison. La question était de déterminer lequel d’entre eux, ou quelle combinaison provoquait la fameuse réaction magique.
Un seul des ingrédients s’est révélé être totalement essentiel pour la fabrication de la poudre : un tétraodon. Communément appelé poisson-globe ou pufferfish en anglais. Il est très connu et apprécié en gastronomie japonaise, où on l’appelle fugu. Il fait aussi plusieurs morts chaque année.
Ce poisson contient de la tétrodotoxine, une des plus puissantes neurotoxines au monde. Une intoxication à la tétrodotoxine provoque d’abord un engourdissement, puis des nausées, une légère paralysie qui augmente rapidement et qui devient totale. Plusieurs victimes restent parfaitement conscientes. La moitié des intoxications sont fatales et il n’existe aucun antidote.
La touche magique
Si la poudre sert à faire passer quelqu’un pour mort, c’est autre chose qui crée le zombie.
Premièrement, quand une victime du poison est déterrée, on lui fait avaler une pâte faite à partir de datura. Le datura est une plante qu’on retrouve presque partout dans le monde. Certaines souches ont longtemps été utilisées dans les sociétés traditionnelles pour leurs propriétés psychotropes et hallucinogènes. Non seulement elle plonge la victime dans un état second, mais elle sert aussi d’accélérateur cardiaque qui réveille le mort.
Par la suite, pour garder quelqu’un à l’état de zombie, il faut continuer à le droguer au datura régulièrement. Et enfin, il faut la touche magique. La victime doit savoir ce qu’est un zombie, qu’elle est devenue un zombie et doit y croire. C’est comme pour le phénomène de mort vaudou.
La mort vaudou, ou pointage d’os, consiste à tuer quelqu’un en le pointant. C’est un phénomène qui a été observé et confirmé. Ce qui se passe alors, c’est que la victime croit si fermement qu’elle va mourir qu’elle en meurt vraiment.
Il en va de même pour le zombie. Même si la drogue conserve la victime dans un état second et détruit en partie sa volonté, c’est l’effet psychologique qui la tient prisonnière du sort. Les zombies font non seulement partie de la culture en Haïti, mais vraisemblablement de la réalité. Tous savent ce qu’est un zombie et comment ils se comporte. Tous ont entendu des histoires dès l’enfance et beaucoup y croient fermement.
Le pire des châtiments
L’histoire passionnante que Wade Davis relate dans son livre The serpent and the rainbow est des plus incroyables. Car le chercheur ne s’est pas arrêté à la recette. Plus que tout, il voulait connaître la raison derrière la création d’un zombie. Comment les victimes étaient-elles désignées ?
Les hougans ne créaient pas de zombies pour se munir d’esclaves. La transformation était un châtiment. Les gens qui abusaient de leurs semblables étaient désignés à une société secrète. La personne était jugée et, si trouvée coupable, condamnée au pire des châtiments. Devenir un zombie.
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